reportage

14/07/2016

Le Saint-Placide, cabinet gourmand de curiosités

Ouverts sur le monde et curieux de belles choses, Isabelle et Luc Mobihan ont fait de leur Saint-Placide malouin un petit cabinet de curiosités gastronomiques. Ici, on va à l'essentiel, au goût et aux belles choses.

Cette maison est habitée, elle dégage une âme. Non par elle-même, mais grâce à ses hôtes et ce qu’ils y insufflent depuis 2003. Au Saint-Placide, on sent que les choses sont pensées, à leur place. Où l’on ne se plie pas aux modes, mais à des envies personnelles, des coups de coeur. Où l’assiette ne s’épure pas parce que c’est la tendance, mais bien parce que cette volonté d’aller à l’essentiel, c’est à dire au goût et au plaisir gustatif, est dans la nature même du chef, en l’occurence Luc Mobihan. Le Saint-Placide. Voici donc une maison très personnelle, pensée, expérimentée même. Une maison de bon goût, celui d’Isabelle Mobihan en salle et de Luc en cuisine. Une petite maison articulée autour d’une équipe fidèle. Sophie et Valentin en salle. Adrien, Anne-Claire et Jordan en cuisine.

Alors évidemment pour réussir une telle alchimie, il faut être curieux, ouvert sur les autres, sur les arts. Il faut voyager, observer, goûter, mesurer. Dépasser le cadre de la gastronomie. C’est cette curiosité, si saine et enrichissante, qui pousse Isabelle et Luc Mobihan. Il sont de cette trempe de voyageurs, ouverts notamment sur les îles qu’ils apprécient tout particulèrement. La Corse évidemment, d’où Isabelle Mobihan puise ses racines. Mais également les îles de l’océan Indien, Maurice, les Seychelles. Luc Mobihan y a trouvé un contre-point fondamental à sa cuisine épurée. De la citronnelle, des agrumes. « Ma cuisine n’est pas bretonne, » lâche-t-il d’ailleurs lorsqu’on lui demande d’évoquer son travail. « Elle est bretonne par la nature des produits que j’utilise évidemment, mais pas dans l’esprit. » C’est une cuisine strictement personnelle, sans artifice, épurée. A l’image des noms des plats filant sur les menus : langoustines, risotto de céleri, ciboulette. Noix de ris de veau braisée, jus d’orange caramélisé. pigeonneau coffre rôti, jus réduit café. La pureté d’une cuisine, louée par ses pairs en Bretagne comme ailleurs. N’a-t-il pas remporté, lors de sa première participation, le Festival Culinaire Bernard Loiseau au Constance de Maurice ? Au Saint-Placide, ces assiettes cinglantes sont magnifiées par un service de salle à l’avenant.

Là encore, les Mobihan jouent perso. En fonction de leurs goûts, de leurs découvertes. Toujours novateurs, jamais copieurs. Comme cette vaisselle splendide signée Fornasetti, la seule dans l’Ouest. Comme ces signatures Sylvie Coquet pour la vaisselle, Aurélie Abadie pour le jardin de cristal. Récemment, Isabelle Mobihan a aménagé un petit salon, niché au fond de son restaurant. Une ambiance cocooning, années 50. Un tapis moelleux, une table massive, une bibliothèque personnalisée. Son petit cabinet de curiosités. La curiosité, toujours et encore, comme un leitmotiv. Le même soin particulier est apporté en salle encore dans les vins. Isabelle Mobihan, formée par la charismatique Véronique Abadie, n’a pas attendu les modes pour proposer des vins en bio ou biodynamie, toujours extrêmement bien faits.

Se rendre au Saint-Placide c’est donc aujourd’hui aller à la rencontre d’un couple. Découvrir un univers, celui d’Isabelle et Luc Mobihan, ces professionnels exigeants encore amoureux de l’Italie évidemment, du Moma et de la mer. Ils sont à Saint-Malo comme ils auraient pu être ailleurs.


Restaurants